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Voici un endroit tranquille ou je disposerai au fil du temps mes compositions... Catégorie : Blog Livre Date de création :
16.09.2007
Vous connaissez sûrement les sept péchés capitaux. Il y a l’avarice, la colère, la luxure, la gourmandise, l’orgueil, la jalousie et la paresse. Et pourtant, il en manque un. Le ludisme. Certains pourront le classer sous l’avarice, mais croyez-en un expert, l’argent compte si peu. Le démon du jeu est en fait ce qui nous pousse vers lui. Voilà pourquoi il y a huit péchés capitaux.
Je suis d’un naturel très joueur, mais prudent tout de même ce qui m’a épargné la situation de surendetté. Pourtant, le jeu m’a enlevé bien plus que de simples biens matériaux...
C’était il y a trente ans de cela. Curieusement, on pourrait aussi bien dire que cela s’est passé il y a cinquante ans...
Ce matin, en ouvrant ma boîte aux lettres, je découvris une publicité qui tombait plutôt bien. Sur un papier un peu jauni et terni, je découvris une annonce pour un nouveau casino, au centre ville. Pour son inauguration, l’entrée était gratuite. Je fus un peu étonné par le style vieillot de la publicité, mais je me dis que c’était sûrement fait exprès. Je rentrai à la maison et dis à ma très chère femme: « Ma chérie, met ton manteau de fourrure, tes plus beaux bijoux et cours chez ta coiffeuse; il faut faire impression, ce soir nous allons au casino. » D’habitude, elle n’aime pas trop que j’aille jouer dans des endroits pareils, mais comme l’entrée était gratuite et que je proposais qu’elle vienne avec moi au cas ou je dépasserais les bornes, elle accepta et courut en ville, chez sa coiffeuse.
Le soir, nous allâmes donc au casino. A l’entrée, il y avait une grande machine à sous. Un panneau indiquait qu’il fallait entrer dans la salle dont la porte portait l’enseigne correspondant au symbole gagnant de la machine. Je laissai par galanterie mon épouse tirer le levier de la machine. Les trois séries de symboles roulèrent et s’arrêtèrent tous sur une illustration d’un feu. En effet, il y avait une porte dont une flamme était gravée. Je la poussai. Ce fut d’abord une odeur âcre de carbonisation et un nuage de fumée noire qui me fit tousser. Il y avait-là une grande pièce qui avait prit feu. C’était sans aucun doute une salle de jeu ; on voyait des fauteuils et des tables de jeux recouverts de suie et à moitié brûlés. Comme c’était étrange... Ce casino était neuf, comme le disait l’affiche, et en plus, s’était comme si plus personne n’était entré ici depuis l’incendie, même pas les pompiers, car les restes avaient brûlés assez longtemps pour être sous forme de cendre. Il y avait quelque chose de bizarre à mes pieds. Un tas de cendre beaucoup plus gros. Je m’agenouillai vers lui et regardai de plus près. Mais soudain, je fis un énorme bond en arrière. Il y avait un crâne. En fait, ce tas calciné était une personne ayant été tuée par les flammes! En reculant horrifié non seulement par cette vue affreuse mais aussi par l’odeur de souffre émanant du corps, mon pied écrasa ce qui devait être une sonnette. Un bruit sec tinta. Soudain, je me sentis mal à l’aise. Ma vue se brouilla et ma tête tourna. Je fermai mes yeux un instant pour reprendre mes esprits. Etonnamment, il y eut soudain un vent de chaleur et un grésillement. En rouvrant les yeux, la vue de salle carbonisée redevint comme elle devait l’être avant ; un beau papier peint rouge orangé, une moquette du même ton, des tables de jeux avec des croupiers vêtus de noir et des gens jouant, deux ou trois fauteuils près du bar, pour les conversations, un barman tiré à quatre épingles servant deux jeunes femmes assises sur des chaises hautes et une agréable atmosphère relaxante se mêlant à la musique d’ascenseur flottait délicatement dans l’air. A côté de moi, il y avait une ravissante rouquine emmitouflée dans un manteau de vison châtain qui me tenait le bras. C’était Isabelle, ma femme. Aussitôt je lui demandai si elle n’avait pas constaté une quelque chose de bizarre en entrant, comme la salle calcinée il y a à peine deux minutes et soudain redevenue neuve comme par magie. Elle me regarda d’un drôle d’air, puis rit doucement. Elle ajouta qu’elle était bonne, quoiqu’un peu étrange. Ouf! Tout cela n’était qu’une hallucination. Un serveur vint vers nous et prit nos vestes qu’il alla déposer au vestiaire. Quand nous marchâmes vers une des tables où on jouait à la roulette, je remarquai que certaines gens se retournaient sur notre passage. Isabelle me glissa à l’oreille « Non mais tu as vu comme ils sont habillés! Tu crois qu’il fallait se déguiser ? » Je fis non de la tête. « On l’aurait précisé dans la publicité. Ils sont tous très bien habillés, c’est tout.» Pourtant, les hommes étaient habillés en smoking, nœud papillon, tous en noir, alors que moi j’avais un costard gris clair et une cravate bleu clair. Quant aux dames, elles avaient des magnifiques robes dignes de Canne, du style de Marilyne Monroe et ma femme une robe, heureusement, noire mais très courte comme une minijupe. Les coupes de cheveux non plus ne coïncidaient pas ; moi les cheveux plaqués en arrière par du gel et ma douce les cheveux raides, alors qu’aucune femme n’avait des cheveux comme ça; un minimum de volume au moins. Nous nous asseyâmes mal à l’aise.
La soirée se prolongea. Nous ne nous sentions mieux au fur et à mesure que le niveau de nos verres baissait. Il y avait des soirs comme ça où on a une chance incroyable. J’avais déjà gagné plus de cinq mille francs. Isabelle se leva pour aller au bar, elle faisait toujours ça quand elle en avait mare, normalement, je terminai ma partie et allai la chercher pour que nous rentrions, mais pas ce soir. Il fallait que je profite de cette chance inouïe. Et pourtant, il eut mieux valu que nous rentrâmes. Une ou deux parties plus tard, des cris me firent sortirent de ma transe ludique. Près du bar, un des rideaux avait pris feu. Tout d’abord, un ou deux serveurs se précipitèrent avec de l’eau pour l’éteindre, mais ce fut l’effet contraire et une nuée de flammes embrasa un des lustres. La corde qui le tenait se cassa et il tomba par terre, non loin de moi. Ce fut la panique. Le feu se répandait de plus en plus vite et je faillis me faire piétiner à maintes reprises par la foule de gens qui courait partout. Puis, ce fut à moi de véritablement paniquer; Isabelle. Où était-elle ? Je me relevai. En me précipitant vers le bar, je fis tomber une ardoise. Elle était bien là, prisonnière des flammes car le lustre formait une barrière entre elle et moi et pas moyen de le contourner. Je vis une larme perler sous ses beaux yeux verts. Moi aussi je pleurais, mais tout n’était pas perdu. Je lui criai de sauter par-dessus les flammes, bien qu’elles soient hautes, il fallait prendre le risque. Je m’écartai pour lui laisser plus de place. Je distinguai vaguement sa forme reculer et puis sauter.
Malheureusement, une boule de feu ressortit des flammes et j’entendis sa voix hurler tendis qu’elle tombait à terre, complètement calcinée par le feu, morte. Elle était tombée tout près de moi et la surprise m’avait fait tomber à terre. Un étrange bruit sec retentit à mes oreilles. La fumée me prit la gorge et je fermis mes yeux un instant pour toussoter. Le crépitement du brasier cessa et quand je les rouvris, tout le feu s’était éteint et la pièce était noire de suie. Je trouvais de nouveau dans la salle brûlée, la même que le casino. Je me relevai et je vis sur quoi j’étais tombé; la sonnette. J’époussetai la poussière noire de mon pantalon. Près de moi, il y avait toujours le malheureux corps rongé par les flammes. Pauvre vieux. Mais quelque chose d’autre attira mon attention ; il y avait tout près une ardoise. Sans doute celle que j’avais fait tomber en courant vers le bar. Seulement, sur la pancarte, il y avait écrit «Mardi, se produira Mlle. Linette Ron, venez nombreux! » Linette Ron... Se nom me disait quelque chose... Mon père m’avait bien parlé d’un Linette Ron, c’était une chanteuse de music-hall très connue à l’époque qu’il adorait. Il avait même une affiche d’elle dans le salon. Mais c’était impossible, car Linette Ron était morte en 56, tuée par son mari...Et pourtant, s’il y avait cette ardoise...
Soudain, un doute affreux m’étreignit. Je m’assis et fouillai dans les cendres du corps. Je sentis quelque chose de dur. Je l’extirpai. C’était une bague, plus exactement une alliance. En la nettoyant, j’eus un sursaut; à l’intérieur, il était gravé «Isabelle et James, pour la vie... ».